ENJEUX ECONOMIQUES ET SOCIAUX

Le développement de ce projet minier s'insère dans le cadre économique de la Guyane, et en particulier de l'Ouest du territoire, où le taux de chômage atteint en 2016 22,3 % en Guyane et 34,1 % à Saint-Laurent-du-Maroni.

Lors du débat public, la Compagnie minière Montagne d'Or estimait les retombées économiques sur le territoire à 1 431 millions d'euros sous forme de biens et de services, soit 360 millions d'euros pour les emplois directs et 1 071 millions d'euros pour les emplis indirects et induits. Lors d'un atelier à Cayenne, l'entreprise s'est engagée à contribuer financièrement à un fond de développement et de diversification.

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En 2015 les retombées économiques pour l’État français ou la Guyane étaient en cours d'évaluation : impôts indirects importants, rentrées fiscales directes plus limitées (car « actuellement (2015), la fiscalité sur l’or est très faible. »), contribution à l'émergence de filières industrielles dans l'Ouest de la Guyane. Le droit minier et la fiscalité minière sont en cours de réforme en France. Lors du débat public, la compagnie estime les retombées fiscales à 420 millions d'euros de taxes et impôts.

Dans le cadre d'un rapport commandité par la collectivité territoriale de Guyane, Philippe Chalmin, professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine, et Yves Jégourel, professeur en finance internationale à l'université de Bordeaux, soulignent qu'il « ne fait aucun doute que le développement du projet MDO ne peut être que favorable sur le plan économique, notamment pour la CCOG » (Communauté de communes de l'Ouest Guyanais), tout en reconnaissant que le projet « doit cependant s’intégrer dans le cadre plus large d’une stratégie de diversification à long terme de l’économie guyanaise » et que « l'impact environnemental d'un tel projet est indéniable ».

Rentabilité économique du projet

Les recettes du projet sont estimées entre 3,8 milliards et 12 milliards d’euros. Selon la compagnie, le résultat net du projet (après impôt) est estimé à 633 millions d'euros, en tenant compte d'hypothèses économiques et financières (cours de à 1 190 euros l'once, taux d'actualisation de 5%, taux de change 1 dollar US = 1,05 euros). La compagnie Montagne d'Or estime son investissement propre à 782 millions d'euros : 502 millions pour la phase d'installation, 221 millions pour l'exploitation et 59 millions pour le réaménagement.

Une analyse économique réalisée par WWF France en 2017, à partir des documents produits par la compagnie, montre une valeur actuelle nette du projet dans la moyenne des opérations minières de ce type (370 M$ après impôts avec un taux d’actualisation de 5 %), mais un taux de rentabilité interne dans la moyenne basse des projets miniers industriels (18,7 % avec un cours de l’or à 1 250 $/once). Selon cette analyse, les hypothèses retenues pour le calcul de ces valeurs sont fragiles (volatilité du cours de l'or, taux de change euro-USD et taux d’actualisation utilisé pour le calcul de la valeur actuelle nette).

Selon le WWF, citant l'analyse réalisée par SRK Consulting pour Columbus Gold, toute fluctuation du cours de l'or de 1 $ par once entraînerait une variation de la valeur actuelle nette après impôts de 1,24 M$. Selon cette même analyse, une évolution de 100 points de base du taux de change euro-USD (soit une variation d’un cent pour 1 euro) engendrerait une modification de 12 à 13 M$ de la valeur actuelle nette après impôts. De la même manière, le WWF pointe aussi l'influence du taux d'actualisation du projet, prévu à 5 % contre 8 % préconisé par SRK Consulting. Le WWF souligne que dans le cas très précis où les évolutions défavorables de ces variables seraient conjuguées, le projet serait déficitaire (malgré des subventions), mais qu'en tenant simplement compte du taux de change calculé fin aout 2017, « le projet ne correspondrait plus aux objectifs de rentabilité affichés par Nordgold ». Contrant le rapport du WWF, Chalmin et Jégourel considèrent au contraire, sans exclure aucune hypothèse a priori, comme irréaliste l’idée que, « concomitamment, (...) les prix de l’or puissent s’affaisser et le dollar américain se déprécier », considérant que généralement la valeur de l'or augmente lorsque la valeur du dollar baisse et lorsque celle du pétrole augmente.

Le WWF indique dans son analyse que si la rentabilité économique du projet venait à baisser, les investisseurs pourraient tenter de réduire les coûts, ce qui pourrait avoir pour effet une « dégradation des conditions sociales pour les salariés, une plus forte pression sur les fournisseurs ainsi qu’une réduction des moyens dédiés à la préservation de l’environnement ».

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La Compagnie Montagne d'Or défend la rentabilité du projet, mais reconnaît que celle-ci sera plutôt basse. Selon la compagnie, la méthode d'évaluation du cours de l'or sur trois ans est la plus utilisée alors que l'analyse du WWF repose sur une évaluation à 12 ans. Elle indique également que le taux d'actualisation à 5 % est celui utilisé « dans les pays industrialisés, sans risque politique » et que, concernant le taux de change, « l'éventail s'est réduit, on est passé à 5 % d'écart » entre l'euro et l'USD. Le directeur du développement de la compagnie précise que si la rentabilité est plus faible, c'est en raison du coût de la main d'œuvre et des exigences européennes.

Revenus publics/subventions publiques

Plusieurs estimations des rentrées fiscales ont été avancées entre 2015 et 2017 :

  • d’après le journal Les Échos « selon certaines hypothèses du projet », l’entreprise pourrait verser annuellement plus de 5 millions d'euros de redevance aux collectivités locales (en incluant les cotisations sociales), 16 millions d'euros d’impôt sur les sociétés, et 30 millions d'euros de taxes sur les biens et services et de cotisations sociales ;
  • selon la Compagnie Montagne d'Or en juillet 2017, les retombées peuvent comprendre 348 millions d'euros de cotisations sociales et 345 millions d'euros de retombées fiscales ;
  • selon une note interministérielle obtenue par l'AFP fin de l'été 2017, les taxes associées à la production minière représenteraient 80,6 millions d'euros et celles à l’importation 325,5 millions d'euros, ce qui ferait de cette mine un projet « hors normes par ses aspects économiques » selon la même note ;
  • selon une analyse économique menée par le WWF France en septembre 2017, les rentrées fiscales attendues par les promoteurs du projet s'élèveraient à 308 millions d'euros sur 12 ans (241 M€ en impôts sur les sociétés et 67 M€ en taxes locales sur l'or), bien que l'association s'interroge sur la réalité des montants. La compagnie confirme peu après une estimation des impôts de 345 millions d'euros.

Le WWF France souligne que la fragilité du modèle économique pourrait avoir des répercussions sur les revenus publics, une baisse des résultats économiques du projet entraînant une baisse de l'impôt sur les sociétés payé par l'entreprise.

A contrario, l'association ajoute que le projet aurait un coût en termes de « subventions » publiques, sous forme de remboursement de dépenses ou de diminution de coûts payés par l'entreprise. Le projet pourrait bénéficier d'une défiscalisation (valable en Guyane et dans tous les DOM) de ses investissements, estimée à 227 millions d'euros par le cabinet SRK Consulting. Si le projet devait être raccordé au réseau électrique, il bénéficierait de tarifs avantageux via le mécanisme de contribution au service public de l'électricité, ce qui aurait un certain coût pour les pouvoirs publics sous forme de réduction des coûts d'électricité aux exploitants de la mine. Les pouvoirs publics pourraient aussi avoir à investir partiellement dans une ligne à haute tension, et dans la piste reliant Saint-Laurent-du-Maroni et le site d'excavation. Le WWF estime l'ensemble des subventions et financements prévus à 420 millions d'euros, payés par les contribuables.

L'Usine nouvelle précise que le montant global d’argent public mobilisé mentionné par le WWF correspond à des incitations fiscales éligibles et non à des subventions. Chalmin et Jégourel précisent par ailleurs que « les avantages accordés par l’État ne sont en rien spécifiques au projet Montagne d'Or, mais s'appliquent, dans le cadre du dispositif du crédit d'impôt, aux investissements productifs neufs réalisés dans un département d'Outre-mer » et ne peuvent être considérés comme indus.

Le directeur du développement de la compagnie Montagne d'Or estime que les avantages cumulés du crédit d’impôt et de la contribution au service public de l’électricité ne constitue qu'un montant de 129 millions d'euros. La compagnie nie la perception d'incitation à l'investissement au sujet du prix d’achat de l’électricité, du financement d’une partie de la ligne à haute tension qui alimenterait le site, et du financement d’une partie de la piste reliant Saint-Laurent-du-Maroni au site, précisant que la création de la piste et de la ligne électrique seront pris en charge par l'entreprise et donc à ce titre ne bénéficient pas de subventions publiques. Pour le WWF, 65 des 120 kilomètres de pistes seraient pourtant déjà financés par la collectivité.

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Emploi et formations

La Compagnie Minière Montagne d'Or a annoncé en juin 2017 que son projet pourrait créer 750 emplois directs et induire 3 000 emplois pour la Guyane. Ces affirmations vont au-delà de ce qui était annoncé en 2015 et 2016. Selon la Compagnie Montagne d'Or, 57 métiers (pour la production, l’usine de traitement, le suivi environnemental, les services administratifs et la gestion de la base-vie) sont concernés par les 750 emplois directs. Ceux-ci devraient être recrutés en priorité en Guyane. Pour Carole Ostorero, présidente de la Fédération des Opérateurs Miniers de Guyane (FEDOMG), cette notion d'emplois indirects pourrait aussi recouvrir des « start-ups qui répondent au besoin de la mine » (utilisation du bois issu de la déforestation, ingénierie écologique et énergétique…). Philippe Chalmin considère le chiffre de 3 000 emplois comme raisonnable, sans compter les consommations induites que ce site peut représenter.

Sur les 750 emplois directs prévus par la compagnie, celle-ci annonce que 2/3 concernent des emplois nécessitant une formation spécifique, dont 350 conducteurs d'engins et 150 des techniciens, ingénieurs et informaticiens. La compagnie prévoit par ailleurs 200 emplois directs et 700 emplois indirects (BTP, logistique...) durant la phase de construction.

Les opposants au projet soutiennent le fait qu'une mine n'existe que durant une période donnée et les emplois également. L'écologiste surinamais Erlan Sleur, interrogé par le collectif « Or de question », ajoute que dans ce pays limitrophe, les personnes recrutées localement lors de l'implantation d'Iamgold ont été licenciées deux ans après au profit de guyaniens considérés comme plus qualifiés.

Au titre de la responsabilité sociale et environnementale, la Compagnie Minière Montagne d'Or inclut dans son projet un volet de compensation en termes de responsabilité sociale. Dans ce cadre, la compagnie souhaite mettre en place un plan de formation comprenant des volets pour les ouvriers et ouvriers qualifiés, un volet au niveau licence professionnelle pour les techniciens et un volet pour la formation de cadres. Elle souhaite former une centaine de personnes par an. L'Université de Guyane lance de son côté à la rentrée 2017 une licence professionnelle « Valorisation des ressources du sous-sol » (VALORESS) et a reçu de la part de la compagnie un « kit contenant du matériel d’exploration » (échantillons de roches, marteaux, boussoles, loupes). La formation des conducteurs d'engins « devrait démarrer en 2019 pour un début de mine en 2022 », à partir des filières existant en Guyane, tandis que les métiers de techniciens s'appuieront sur une formation lancée à l'automne 2017 à l'Université de Guyane. La formation des ingénieurs est encore en phase de réflexion.

La Compagnie Montagne d'Or estime que les emplois pourraient se pérenniser, notamment au travers de projets qu'ils ont sur trois autres gisements miniers potentiels ou que les personnes formées pourront postuler en dehors du territoire sur d'autres projets. Elle défend également la possibilité de reconversion des salariés à la fin de la mine, la majorité des emplois nécessaires au fonctionnement de la mine étant selon elle « reconvertibles dans d'autres secteurs de l'économie guyanaise, comme pour le BTP ».

Acceptation sociale

Selon la Compagnie Montagne d'Or, on ne retrouve aucune population permanente autour du site minier, ni le long de la route d'accès (dès le kilomètre 20, à part un établissement touristique aux chutes Voltaire. Outre les campements d'orpailleurs, les communautés locales les plus proches sont situées à Apatou, sur le fleuve Maroni, et à Saint-Laurent-du-Maroni. Des formations végétales basses et monospécifiques (essentiellement des bambous) sur les flancs du massif Dékou-Dékou ont cependant été remarquées par l'Office national des forêts fin des années 2010, et pourraient signaler la présence d'anciens villages amérindiens. 

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Deux séries de consultation auprès des représentants des collectivités locales, des acteurs économiques, des associations environnementales, des représentants des communautés et de la population ont été réalisées en 2014 et 2016 à Cayenne et Saint-Laurent-du-Maroni, et une troisième était prévue à l'automne 2017. Elles visaient à identifier les attentes en matière de retombées économiques, de gestion environnementale et de préservation de la biodiversité ou encore de sécurité. La compagnie annonce avoir fait évoluer son projet en intégrant ces demandes lors de la phase de conception.

Le WWF souhaite que le projet fasse l'objet de davantage de concertation, précisant qu'il « faut associer la population et les ONG à ce débat afin de pouvoir mesurer l’acceptabilité locale et sociale ».

Selon Michel Jebrak, géologue consultant de Columbus Gold, l'acceptation sociale de la mine est inversement proportionnelle à la distance entre celle-ci et la personne concernée.

Le club cycliste de Matoury signe début août 2017 un contrat de sponsoring avec la Compagnie Montagne d'Or concernant le Tour de Guyane. Rock Lefrançois, président de la Compagnie Montagne d'Or, a déclaré « nous souhaitons renforcer notre ancrage en Guyane », précisant qu'il allait mettre en place d’autres programmes de sponsoring et de contribution au développement économique, principalement dans l'Ouest guyanais. En janvier 2018 la Compagnie ouvre un bureau d'information à Saint-Laurent du Maroni.

En octobre 2017, l'IFOP publie une étude commanditée par le WWF portant sur l'opinion qu'ont les guyanais du projet Montagne d'Or et menée sur 603 personnes des arrondissement de Mana et Régina. Ce rapport indique que trois quarts des personnes interrogées considèrent que le projet représente un risque important pour l'environnement en Guyane. Selon cette même enquête 11% des personnes interrogées considère que l'extraction et la production d'or est prioritaire pour le développement de la Guyane.

À l'occasion du débat public, les partisans et détracteurs du projet s'opposent violemment, avec un soutien des acteurs économiques et des élus locaux du territoire et une opposition des autochtones et militants écologistes.

Durabilité de la filière

La durée d'exploitation de la mine, estimée à 12 ans, est plutôt faible par rapport aux standards du secteur, faisant dire au WWF que la mobilisation de financements publics doit se faire au regarde de la structuration d'une filière socio-économique durable.

Selon le magazine L'Usine nouvelle, le projet Montagne d'or pourrait néanmoins ouvrir la voie à d'autres projets et lancer une filière industrielle en Guyane. Ce point de vue est rejoint par la FEDOMG, pour qui ce projet pourra structurer a filière minière guyanaise sur le long terme et sera vecteur d'une nouvelle dynamique économique, structurante pour le territoire et pour permettre de voir l'émergence d'autres projets. 

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RISQUES ET ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX

La Compagnie Montagne d'Or met en avant une volonté de mettre en place une mine conçue « une approche socio-économique et environnementale responsable ». Pour appuyer leur approche, Columbus Gold participe au groupe de travail mis en place par Emmanuel Macron pour définir « la mine du XXIe siècle », qui a donné lieu à un rapport publié en 2017.

Une étude d'impact environnemental doit préciser les impacts attendus et les mesures pour les éviter, réduire et compenser conformément au droit de l'environnement français et européen. Les autorités et les ONG étudieront avec attention ce document notamment en raison de la proximité d’une réserve biologique intégrale, comme le souligne le journal Les Échos.

Le projet de mine devra contenir une étude des dangers actualisée tous les 5 ans. Conformément à la circulaire du 10 mai 2010, le projet pourra comporter des scénarios de niveau "sérieux" et "modéré" dont la probabilité d’occurrence reste relativement faible (probabilité de classe E et D pour le premier, probabilité de classe E à B pour le second). Les autres scénarios (à gravité égale mais à probabilité plus importante, ou à probabilité plus importante) devront être soit interdits, soit faire l'objet d'une amélioration continue de la réduction du niveau de risque6.

Cyanure / Site Seveso

Le projet tout entier est classé site Seveso en raison de la présence de cyanure destiné au traitement du minerai.

Selon le WWF, 46 500 t de cyanure seront nécessaire à l'extraction de l'or de la mine 114. Selon la Compagnie Montagne d'or, ce chiffre est surestimé. Mi 2018, reprenant une annonce faite en réunion d'information par la Compagnie Montagne d'or, Guyane Nature Environnement calcule à 36 000 tonnes la quantité de cyanure qui sera utilisé sur les 12 ans d'exploitation. En 2013 le BRGM indiquait qu'il n'existait pas d'alternative adéquate à l'utilisation du cyanure pour séparer l'or de la roche.

Les craintes des opposants au projet reposent notamment sur une catastrophe survenue au Brésil voisin en 2015, lors de laquelle la rupture d'un barrage a libéré des millions de tonnes de résidus de boues cyanurées. Le BRGM indique que « cette technique est éprouvée et largement utilisée à travers le monde ». L'Institut national de l'environnement industriel et des risques précise dans une étude de 2010 que « la technologie à base de cyanure est utilisée dans environ 400 installations de traitement de minerai y compris dans les mines d'or européennes les plus modernes dont la Finlande et la Suède ».

Selon la compagnie, les résidus issus du traitement par cyanuration seront traités et stockés dans le parc à résidus, sous une lame d'eau de quelques mètres et isolés du sol par des géomembranes synthétiques étanches, le cyanure sera recyclé et l'eau traitée. La concentration en cyanure des résidus en sortie de traitement ne dépassera pas 10 grammes par tonnes, conformément à la réglementation. Afin d'éviter la production de gaz de cyanure d'hydrogène, toxique, le traitement nécessite de maintenir le pH entre 10 et 11 à l'aide de chaux, à raison de 346 kilo par heure. La Compagnie Montagne d'Or indique que le cyanure se dégrade naturellement en maximum 12 semaines par l'action combinée des UV, de l'oxygène et de bactéries. Cependant, le BRGM indique que le parc à résidu contiendra du cyanure non dégradé.

La compagnie prévoit que les digues retenant ces déchets résistent à des crues centennales et assure qu'elle surveillera en continu les eaux souterraines pendant les cinq ans de réhabilitation grâce à différents points de forage. Selon Guyane Nature Environnement le dimensionnement des digues se basant sur des données des données météorologiques de 1993 à 2015, elles ne peuvent avoir été prévues que pour des crues décennales.

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La Compagnie Montagne d'Or, s'appuyant sur une étude réalisée par la société Riskope, précise que le risque de rupture de digue au niveau mondial est passé de 50 accidents dans la période 1960 -1980, à moins de 30 par décennie depuis les années 2000. Citant cette étude, la compagnie indique que 58 % des digues ayant subis des accidents ont été construites selon le mode "amont" (dont celle de Minas Gerais au Brésil ayant cédé en 2015). Les digues construites selon la méthode "aval", retenue pour le projet Montagne d'Or, ne présentent que 17 % des accidents selon la Compagnie citant toujours l'étude Riskope.

Guyane Nature Environnement, se basant sur une étude du BRGM, indique qu'il serait possible d'entreposer ces résidus cyanurés « sous forme solide et non sous forme de boues liquides », ce qui limiterait les risques. La compagnie a jugé ce scénario problématique, d'une part à cause du climat pluvieux, et d'autre part à cause de la demande en énergie supplémentaire nécessaire pour sécher les résidus.

Autres risques de pollutions

Les forages permettant de suivre la qualité des eaux souterraines devraient rester sur site. Initialement prévu pour une durée de 5 ans, le suivi sera réalisé pendant 30 ans après la fin des travaux à raison de 4 fois par an durant le premier tiers, deux fois par ans durant le second et une fois par an durant les 10 dernières années. Selon l’association Ingénieurs sans frontières, les drainages miniers acides peuvent durer des centaines d'années et sont très difficiles à maîtriser.

Milieux naturels

L'aménagement du site minier détruira de facto des habitats naturels sur la zone d’implantation de la fosse et des infrastructures adjacentes, soit 800 hectares. Selon l'association Maïouri Nature, le sol à nu de la fosse sera source d'air sec et chaud pouvant influencer en plus le fonctionnement de la forêt jusqu'à 300 mètres au-delà de la lisière.

La compagnie Montagne d'Or reconnaît que l'implantation de ces nouvelles activité « pourrait entraîner la dégradation des habitats situés à proximité du projet, soit par fragmentation des habitats (...) soit par effets-lisière » et entraîner une rupture des corridors écologiques mais indique également que la présence d'orpaillage illégal sur site provoque déjà ce genre de phénomènes. Ainsi, elle estime que 55 % de l'emprise du projet se situera en zone d'habitats dégradés à faible valeur écologique. Elle prévoit également que le projet entraine des modifications de conditions hydrologiques des criques (changement de débit) et de la qualité des habitats aquatiques (érosion et transport de sédiments).

Les infrastructures linéaires (routes et lignes électriques) devraient s'installer sur des zones comptant actuellement environ 70 % « d’habitats dégradés à faible valeur écologique » et 30 % « de forêts à caractère primaire, à forte valeur écologique » selon la compagnie Montagne d'Or. Cependant la compagnie prévoit que la réfection de la piste rétablisse les corridors écologiques aquatiques au niveau des criques coupées par l'absence d'aménagements adaptés.

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Parmi les impact du projet, la compagnie note également les nuisances sur les espèces liées à l'anthropisation (polluants atmosphériques, émissions de poussières, bruit, vibrations, lumière, et présence humaine), le risque de collision avec les véhicules et la ligne électrique, l'augmentation de la pression sur les ressources naturelles (coupe de bois, chasse, pêche).

Dans le cadre de la séquence éviter-réduire-compenser, la compagnie prévoit plusieurs mesures d'évitement : surface du projet « compacte » de 800 hectares, l'installation des infrastructures sur des zones dégradées par l'orpaillage, « déplacement de la verse à stériles, initialement prévue à l’est de la fosse d’exploitation, afin de préserver le corridor » écologique, tracé de la piste de la ligne électrique le long des « barranques » (bassins de décantation utilisé en orpaillage). Au niveau des mesures de réduction, la compagnie prévoit :

  • des mesures de gestion de la déforestation : transplantation/relocalisation des espèces à enjeu de conservation, plan de défrichement, évitement des périodes de nidification, broyage du bois abattu en paillis, etc. ;
  • des mesures de gestion de l’érosion : aménagement de fossés de drainage, devers et bassins de décantation ;
  • des mesures d’atténuation des nuisances pour la faune et la flore : limitation de vitesse, corridor aériens, contrôle voire interdiction de chasse ;
  • des mesures de réhabilitation et revégétalisation et revégétalisation du site afin de limiter l'érosion. La compagnie Montagne d'Or affiche son engagement de réhabiliter le site dès les premières années de production et assurera un suivi sur 30 ans ;
  • des mesures de gestion des habitats aquatique : favoriser les périodes d'étiage pour les travaux, maintient de l'écoulement, le rétablissement des conditions d'écoulement des cours d'eau lors de la réhabilitation du site.

Les mesures de compensation envisagées pourraient comprendre la restauration de barranques d’orpaillage illégal, l'appui financier à la réserve biologique intégrale de Lucifer Dékou Dékou, le financement d'une étude de préfiguration pour la création d’une nouvelle réserve englobant le massif de la Sparouine, le bassin versant de la crique Voltaire et les forêts basses sur saprolite autour de la piste Paul Isnard.

Les opposants au projet indiquent lors du débat public que la déforestation est contraire aux engagements de la France en termes de lutte contre le changement climatique prévu notamment lors de la COP21.

Inondations et glissement de terrain

Les opposants au projet redoutent un risque d’inondation et de glissement de terrain, pouvant affecter les bassins de retenue des déchets miniers, dans un contexte de réchauffement climatique. La zone ne possède pas de plan de prévention de mouvement de terrain et n'a donc pas de classement particulier. 

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Lutte contre l'orpaillage illégal

La Compagnie montagne d'Or reconnaît qu'un glissement de terrain est possible au niveau des parements de la fosse et « pourrait être aggravé par des pratiques de tirs de mine non adaptées ou par des infiltrations d'eau ». Par contre, elle considère ce risque improbable au niveau des verses à stériles en raison de géométrie des talus formatée pour y répondre. Afin de réduire les risques au niveau de la fosse elle préconise diverses mesures (fosse en gradins, talus végétalisés et drainés, surveillance constante).

Explosifs

Selon le WWF, 57 000 tonnes d'explosifs sont prévues dans le cadre de l'extraction du minerai de la mine. Le magazine Usine nouvelle considère ses chiffres dépassés et surestimés, et seraient plutôt de l'ordre de 4 750 tonnes. L'utilisation d'explosifs peut entraîner des projections de débris ayant de graves conséquences humaines, voire déclencher d’autres accidents (effet domino). Ce type d'événement est par contre couramment évalué dans le cadre d’autorisation d’ouverture de carrières et de mines.

La compagnie prévoit la fabrication des explosifs sur place à partir de matière première inerte importée. La fabrication se fera à l'aide d'unités mobiles de fabrication d'explosifs, se déplaçant entre l'usine de fabrication d'émulsion mère (non activée/explosive) et la fosse. La compagnie remarque que le risque d'explosion principal concerne le véhicule contenant les détonateurs lors de leur acheminement sur site.

ENJEUX ENERGETIQUES

L'énergie nécessaire à l'extraction, le transport et le broyage du minerai (constitué de roche dure, contrairement aux exploitations aurifères en Guyane jusqu'à présent) est estimée à 20 mégawatts par jour pour 2022, soit 20 % (selon l'association France Nature Environnement) ou 8 % (selon la Compagnie Montagne d'Or) de la production guyanaise de 2016, ou l'équivalent de la consommation journalière de Cayenne. La Fédération des Opérateurs Miniers de Guyane demande que des investissements importants soient fait en matière d'installations énergétiques, et que la réécriture du Plan Pluriannuel de l’Énergie soit « favorable à l’implantation d’usines de production d’énergie ». Elle soutient le fait que ces développements peuvent être structurants pour la région. Le barrage hydroélectrique de Petit-Saut n'est pas capable de produire une énergie continue toute l’année, la saison sèche diminuant son rendement. La construction d'un second barrage est une option envisagée, de même que la construction d'une centrale biomasse. Selon le collectif « Or de question », « des demandes de rétrocession de 200 000 hectares de forêts primaires ont déjà été effectuées » pour alimenter une telle centrale.

Au Suriname voisin, les compagnies minières alimentent leurs mines par des sources renouvelables d'énergie construite pour l'occasion : le barrage de Brokopondo (retenue de 1 600 km2 produisant 180 mégawatts) pour Suralco et une ferme solaire pour Iamgold (5 mégawatts). Le collectif « Or de question » souligne le fait que ces barrages hydroélectriques produisent de grandes quantités de méthane à cause de la matière organique enfouie sous l'eau.

Le réseau électrique guyanais le plus proche est situé à plus de 120 kilomètres. Selon les sources, la construction d'une ligne électrique reliant le site de la mine au réseau régional serait prise en charge par la Compagnie Montagne d'Or ou par la collectivité. Une première analyse du WWF indiquait que les promoteurs envisageaient de payer 40 millions d'euros sur les 70 que coûteraient les travaux (le reste étant pris en charge par les pouvoirs publics ou EDF). La compagnie a finalement changé de position pour confirmer lors du débat public que la construction de la ligne électrique serait prise en charge par l'entreprise. Il s'agirait d'une ligne 90 kV, similaire à celle reliant Saint-Laurent-du-Maroni et Cayenne. 

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Série Guyane (orpaillage illégal)

En outre, en Guyane, les consommateurs d'électricité bénéficient d'un mécanisme de solidarité nationale (contribution au service public de l'électricité ou CSPE) qui leur permet d'accéder au tarif métropolitain (environ 0,1 €/kWh pour ce type de consommation industrielle). En 2014, la CSPE finançait 100 millions d'euros des 170 millions d'euros de dépenses d'EDF. Selon le WWF France, le projet minier bénéficierait d'un prix d'achat de l'électricité de 0,113 euro/kWh soit, pour une consommation envisagée de 1 674 220 000 kWh, un gain pour l'entreprise de 129 millions d'euros par rapport à une énergie produite uniquement via une centrale thermique autonome au fuel.

D'après Wikipédia